Kâlî

A la fois essence de la béatitude, pure conscience, pouvoir d’amour, ultime compassion, Kâli la Mère Universelle se révèle dans les formes de la nature, et particulièrement dans la femme. A la fois déesse de la fertilité et muse, elle nous guide vers la délivrance.

Kali

Kâli est représentée sous la forme d’une femme à la peau noire, ou bleu foncé, une ou plusieurs têtes avec trois yeux, de deux à dix bras… et toujours un collier de têtes autour du cou, des guirlandes de serpents, des corps d’enfants à ses oreilles, la bouche ensanglantée, et la langue tirée. Son aspect terrifiant fait penser à la mort.

Kâli n’est pas la mort, mais son pouvoir destructeur et transformateur enlève la peur de la mort.

Kâli est le temps créé et détruit, la matérialisation de l’énergie, dans une union hors de la dualité.

C’est la Shakti de Shiva, elle est l’énergie-conscience qui permet à l’esprit désincarné et transcendant de Shiva de se révéler.

 

« Je sentis la lente montée de la transe, sous la lumière lunaire, le corps cendré de Devî se transforma en celui de Kâlî, Déesse noire qui figure également l’énergie libératrice sous son aspect le plus terrifiant mais également sous l’aspect de celle qui détruit les illusions et ouvre la porte du Soi absolu. Cette puissance transcendait le temps, elle me tirait dans l’infini, me faisait palper la fragilité de la cuirasse temporelle à travers laquelle j’avais l’impression d’émerger comme d’une chrysalide aux éclats tranchants. J’étais à la fois aidé et déchiré, libéré et blessé par ma résistance à la Déesse. Ses yeux roulaient, son aspect terrifiant me glaçait et le fascinait en même temps. Son pouvoir de destruction s’emparait de mon appréhension et de mes liens. Plus je résistais, plus sa puissance semblait dévastatrice. Tout le monde nommé, toutes les formes se désintégraient au contact de sa peau noire et le collier de têtes coupées qu’elle portait crissait, les visages tordus par la souffrance laissaient sourdre des souffles, des râles, du sang qui coulait sur son corps d’une souplesse dépourvue de structure. Je la sentais puissante comme le noyau cosmique, d’une obscurité charbonneuse, incroyablement massive et compacte, défiant le temps illusoire. »

Extrait de Tantra de Daniel Odier, éd. Pocket JC Lattès, 1996, p. 164-165, avec son aimable autorisation.

Je vous renvoie à cet ouvrage pour la suite, et au site de Daniel Odier : www.danielodier.com

Spécialiste du bouddhisme et du tantrisme, Daniel ODIER a écrit de nombreux essais et a enseigné les spiritualités extrême-orientales à l’université de Californie.

Atteindre l’extase et goûter aux délices de l’érotisme tantrique. Cette quête de l’amour absolu, où spiritualité et sexualité sont intimement liées, lève le voile sur une des plus anciennes sagesses de l’humanité : le Tantra. À travers le récit de son expérience personnelle, Daniel Odier livre une réflexion qui va bien au-delà de la simple recherche du plaisir, pour créer une véritable communion à deux. Un livre troublant et sensuel.

AUM

« O Déesse Kâlî, gloire à ta forme sans forme du triple univers, beauté qui ne suscite aucune contradiction entre être et non-être et que peut atteindre une claire conscience !

Gloire à ta forme sans dualité. Unique elle a pour aspect le multiple. Bien que libre de tout changement elle pénètre l’univers qui s’écoule d’elle. Pure de toute impureté, elle est appelée essence de la conscience.

Gloire à ton indicible prise de forme qui à cause de ton pur désir jaillit à l’intérieur de Toi comme identique à la lumière de la Conscience dont l’essence innée n’a pas de rivale ! »

Shrîkâlilâstotra de Shivânandanâtha. 1. 2. 3., in Jean Papin, Tantra et Yoga, éd. Dervy Livres, 1988, p. 161.

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